CES 2018 : un serious game contre les acouphènes

Une start-up française issue des travaux d’une unité de recherche CNRS présente au CES 2018 à Las Vegas une application ludique pour traiter les acouphènes.

La start-up française Immersive Therapy a profité du Consumer Electronics Show (CES 2018) qui s’est ouvert mardi 9 janvier 2017 à Las Vegas pour présenter sa nouvelle application destinée à traiter les acouphènes. En effet, si tout le monde, ou presque, a déjà subi au moins une fois ces sifflements plus ou moins intenses dans l’oreille, les acouphènes font vivre un enfer aux personnes qui en souffrent de façon chronique : en France, 7 à 8 millions de personnes disent en souffrir et consultent régulièrement. 1,6 millions de Français qualifient même leurs acouphènes d' »agressif », et 300.000 d' »intolérable ».

Immersive Therapy, fondée par trois chercheurs rennais a donc mis au point Diapason, une application censée permettre aux patients de « reprendre le contrôle » de ces troubles auditifs intempestifs. En deux temps : elle permet d’abord de mesurer par audiogramme la gravité des acouphènes en établissant ses caractéristiques (niveau d’intensité et tessiture). Surtout, elle adapte la thérapie sonore utilisée aujourd’hui pour en faire un « serious game », un jeu vidéo à visée thérapeutique. La thérapie sonore est une technique de ré-entraînement aux acouphènes qui vise non pas à les faire disparaître, mais à favoriser une habituation du cerveau – et donc du patient – à ces sifflements venus de nulle part. Une stratégie développée il y a plus de 15 ans, qui passe à la fois par une thérapie cognitive et comportementale et, surtout, par une utilisation de sons extérieurs adaptés, bien réels ceux-là, pour, en quelque sorte, court-circuiter le trouble auditif.

Les trois fondateurs d’Immersive Therapy sont deux professeurs de l’antenne rennaise de l’école Centrale Supélec, Renaud Séguier et Catherine Soladié et l’un de leur étudiant, Lilian Deveau. Ils ont ainsi travaillé avec le Dr Catherine De Waele spécialisée en oto-neurologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) pour adapter la thérapie sonore en une application smartphone. De sorte que, pour suivre une thérapie continue, un smartphone et une paire d’écouteurs suffisent. L’intérêt d’en faire un « serious game », dans ce cas comme dans d’autres, est notamment de rendre la chose facilement accessible et de maintenir la motivation du patient par la « gamification ». Le traitement consiste ainsi à plonger l’utilisateur quelques minutes dans des jeux de type arcade, qui lui permettent de s’astreindre à cette routine sonore « Nous ne voulons pas court-circuiter les ORL, mais donner aux patients des outils pour prendre en main leur pathologie, explique Renaud Seguier à nos confrères de L’Usine Digitale. On parle de ‘medical empowerment’. Rien n’empêche les utilisateurs d’aller voir un ORL pour consolider le diagnostic fait par l’application. » Si la partie diagnostique de l’application est gratuite, celle thérapeutique est en revanche payante : à raison de 50 euros par mois pour 3 à 4 mois. Elle peut déjà être téléchargée si vous souhaitez vous faire votre idée.

Acouphènes, pourquoi c’est si compliqué?
En 2014, une enquête sur les acouphènes en France, montrait que près d’un Français sur quatre en souffraient. Un trouble dont les origines restent méconnues. L’audition et ses troubles résultent en effet de réseaux neuronaux très sophistiqués. Les zones cérébrales impliquées dans la genèse des acouphènes sont ainsi multiples, et bien plus nombreuses qu’on l’a un temps pensé. C’est ce qu’a montré une étude internationale que nous relayions en 2015. L’une des dernières pistes pour développer de nouveaux traitements contre les acouphènes récalcitrants se focalisait ainsi sur un mécanisme de résistance aux bruits forts protecteurs découvert chez la souris.

 

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