Les seriousgames à l’aide des amputés

L’utilisation de la réalité augmentée et des serious games a permis à des patients amputés de visualiser leur membre perdu et de le bouger de manière virtuelle, ce qui a réduit la douleur du membre fantôme, selon les résultats d’une étude suédoise à paraître dans The Lancet.

La réalité augmentée et les « serious games » permettent de réduire la douleur du membre fantôme.

La plupart des patients amputés souffrent de douleurs neuropathiques au niveau du membre absent et dans environ un tiers des cas, la douleur est telle qu’elle en devient handicapante, impacte la qualité de vie et la santé mentale, rappellent Max Ortiz-Catalan de l’école polytechnique de Chalmers à Göteborg (Suède) et ses collègues.

Des travaux suggèrent que les douleurs du membre fantôme sont liées à un manque d’adaptation cérébral, soit au niveau de l’organisation corticale, soit de la connexion entre les deux hémisphères. Des approches basées sur la plasticité cérébrale ont donné des résultats prometteurs, comme la thérapie du miroir, mais leur efficacité est limitée, poursuivent-ils.

Dans cette étude, ils ont voulu tester une nouvelle méthode de stimulation cérébrale s’appuyant également sur la plasticité cérébrale, mais en utilisant les nouvelles technologies. Chez 14 patients, amputés d’un bras depuis deux à 36 ans, un capteur a été placé sur le moignon pour détecter l’activité musculaire du bras manquant. L’activité électrique a été transmise à un ordinateur qui l’a décodée afin de créer un bras virtuel actif sur écran. Les patients se sont ensuite entraînés à manier ce bras virtuel par la pensée lors d’exercices simples de mouvements ou de serious games en réalité augmentée, telle la conduite d’une voiture de course, comme le montre une vidéo.

Après 12 séances d’entraînement de deux heures, la douleur du membre fantôme a été évaluée. Une baisse statistiquement significative a été observée par rapport aux scores mesurés à l’inclusion, de 47% pour à la fois la durée, la fréquence et l’intensité de la douleur, de 32% sur l’intensité de la douleur mesurée sur échelle numérique et de 51% sur l’intensité de la douleur mesurée sur l’index PRI. En outre, le score de perturbation des activités de la vie quotidienne a été réduit de 43% et celui de perturbation du sommeil de 61%. L’amélioration observée semble se maintenir au moins jusqu’à six mois. « Ces résultats suggèrent la valeur potentielle de l’exécution motrice du membre fantôme comme traitement de la douleur » chez les patients amputés. L’exécution motrice fantôme à l’aide d’un ordinateur, des serious games, de la réalité virtuelle et augmentée, apparaît comme une approche non pharmacologique efficace, sans effet indésirable, peu coûteuse et devrait être considérée comme le traitement de première ligne, concluent les chercheurs.

D’autres études sont nécessaires, notamment pour vérifier que cette approche est réalisable au domicile du patient, évaluer l’ampleur de l’effet au long cours et par rapport à d’autres approches et déterminer les investissements en termes de formation, d’expertise et d’achat de matériel, fait toutefois observer le Dr Melita Giummarra de l’université Monash à Melbourne dans un commentaire accompagnant l’article.

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